La création de nouveaux dahlias, ou “hybridation”

Toutes les informations que vous trouverez sur cette page sont le fruit de mes recherches personnelles aux Batisses, alimentées par des livres et des auteurs très inspirants. Je vous donne quelques références en bas de page.

Cette page pourra être amenée à être actualisée au fur et à mesure de ma progression dans ce domaine.

Un pied de dahlia peut être multiplié de plusieurs façons :

Pour les méthodes les plus classiques, sur des variétés commercialisés officiellement et que l’on veut avoir en plus grande quantité, on peut :

1.a. sortir les tubercules de terre à l’automne et les diviser (à ce sujet il y a le détail sur la méthode cette page de blog)

1.b. ou prélever des boutures sur le pied mère (en avril/mai, au moment où la végétation repart) qu’on repique en godet.

> ces deux techniques permettent d’avoir des pieds identiques aux pieds mères, ce sont des “clônes”.

On peut aussi laisser faire la nature et faire de l’hybridation, pour essayer de créer une nouvelle variété, unique. Parmi toutes les subtilités possibles pour cette opération, je schématise ici en deux techniques :

2. a. la façon naturelle : avec les insectes pollinisateurs qui passent d’une fleur à l’autre

2. b. ou controlée : à la main et au pinceau, en prélevant le pollen d’une fleur qu’on applique sur le pistil d’une autre et en isolant le sujet pollinisé par un petit filet pour que les insectes ne viennent pas contredire la manipulation faite.

> ces deux techniques permettent d’avoir des variétés de dahlias nouvelles, uniques. En effet chaque graine contenue dans chaque tête correspond à une nouvelle variété unique, génétiquement différente de toutes celles déjà existantes.


Aux Etats-Unis, il existe une association de passionnés de dahlias qui s’appelle l’American Dahlias Society et ils ont recensé* toutes les formes possibles de dahlias. Ils en ont défini 21 au total. En sachant que toutes ces formes sont à croiser avec une grande palette de couleurs, ça laisse entrevoir une infinité de possibilités!

(à noter que pour des raisons chimiques et biologiques, la teinte bleue n’existe pas chez les dahlias)

On estime à environ 25 000 le nombre de dahlias existants (enregistrés ou non) commercialisés.

*Vous trouverez ici leur catalogue.


Comment récolter les graines de dahlias?


Les têtes de dahlias sont récoltées lorsqu’elles ont déjà fleuri, elles ont alors une forme en ogive (à ne pas confondre avec le bouton rond, qui indique que la fleur est encore à venir).

Si les têtes sont déjà brunes comme sur la photo ci-contre, elles peuvent être directement nettoyées pour mettre les graines à sécher.

Si les têtes et les tiges sont encore vertes (comme ici) on peut les mettre dans un fond d’eau (3/4 cm env.) et laisser les tiges s’hydrater jusqu’à ce que l’eau manque. Elles sècheront naturellement par la suite. Compter environ 3 semaines.

Un point important : pensez à bien nommer les tiges récoltées si vous souhaitez essayer de retrouver les caractéristiques du pied mère lors de la floraison la saison suivante

Spoiler : parfois on en retrouve aucune...! cela veut donc dire que les gènes récessifs étaient trop faibles pour prendre le dessus et que les caractéristiques basiques (ceux des gênes dits “dominants”) ont pris le dessus : coeur ouvert, couronne de 8 pétales simples, couleurs franches, souvent rouge…etc.

Les têtes brunes ont un toucher papier, les “pétales” se détachent assez facilement.

Je vous conseille de faire toutes les opérations suivantes sur une feuille de papier blanche afin de pouvoir distinguer les graines lorsque vous effeuillerez l’ensemble.

En pinçant le sommet de la tête séchée et en tirant vous pourrez attraper l’ensemble du coeur en une fois. Il contient les pétales et les graines.

Les graines se trouvent au creux de chaque «pétale» brun.

Si la tête est bien sèche l’ensemble se détache très facilement.

A noter que d’une variété à l’autre, il peut y avoir plus ou moins de graines. Et toutes ne sont pas viables. Parfois les têtes sont simplement vides.

De façon générale, comme sur n’importe quel type de fleurs, les graines viables sont dures sous l’ongle (on peut les presser doucement pour vérifier) et «pèsent» un peu.

Les graines non viables sont plus légères, n’ont pas de consistance sous l’ongle et peuvent avoir une teinte plus claire.

La taille n’est pas forcément un critère : sur l’image de droite la petite graine en haut à gauche est (je pense) aussi viable que ses voisines.

Il reste que si vous avez beaucoup de graines et peu de place dans votre jardin/champ, c’est malgré tout un critère de sélection : les plus grosses, grandes, épaisses et brunes donneront globalement les plants les plus forts.

Les graines doivent ensuite être stockées au frais, dans le noir et à l’abri de l’humidité.

Une boite Tupperware fermée avec un petit sachet de sillicate fait l’affaire.


Dans la première quinzaine de Mars vous pouvez commencer les semis!

Dans des godets de 7x7 ou 9x9 cm vous pouvez espacer 3 graines.

Il faut enfoncer très légèrement la graine, d’environ 4 mm de profondeur, elle doit être dans l’obscurité du terreau.

Les godets seront placés dans une atmosphère autour de 20°C.

Il faudra ensuite patienter une à deux semaines pour voir si les graines gement.

Les petites pousses qui vous semblent viables (belle couleur vert tendre) pourront être mises dans de nouveaux godets, seules cette fois-ci. Elles seront laissées là jusqu’à fin Avril, mi-Mai si vous avez du gel tardif.

Vous pouvez les mettre en pleine terre dès lors que les plantules ont 3/4 sets de feuilles. (1 set = 2 feuilles en vis-à-vis de la tige)

Lors du dépotage, si le plant est assez avancé, vous pourrez parfois apercevoir le début de formation des tubercules!

Je me permets ici de mettre une image tirée du livre de Floret sur les dahlias (référence donnée en fin de document), cela vous donnera une idée de la taille des plantules qu’elle met en terre.

Me concernant, j’attends un tout petit peu plus, que les pieds soient plus grands (et plus forts en cas d’attaque de limaces!) aussi parce que je peux me le permettre, comme ils grandissent en godet. En les faisant en plateaux de semis, les pieds sont plus rapidement à l’étroit.


Et ensuite, vous n’avez plus qu’à attendre que les pieds fleurissent!

On dit qu’il faut attendre 3 à 4 saisons de floraison pour être sûr que le pied soit viable, que les fleurs reviennent bien chaque année à l’identique, que les tubercules se soient bien stockés pendant l’hiver, que la couleur et la tenue vous convienne... le nombre de critères est propre à chacun!

Et on comptera 2 à 3 années supplémentaires pour multiplier le stock si on souhaite la commercialiser.

La création de dahlias (comme de nombreux autres végétaux) est un travail de longue haleine!


Update début 2024

En 2022, sur les 25 pieds que j’ai cultivés, seule une variété a retenu mon attention. Les tubercules ont bien passé l’hiver, se sont parfaitement divisés et les fleurs sont revenues à l’identique. Son nom temporaire est “grenadine”. Il est à sa seconde année de production est semble stable.

Mais je me considère comme chanceuse, la proportion de fleurs «valables» qui reviennent correctement d’une année sur l’autre, est très faible! Pour un hybrideur qui souhaite placer des variétés sur le marché c’est env. 1 semis sur 1000 qui est retenu.

En 2023 j’ai planté 80 pieds issus de semis, et quelques uns paraissaient intéressants. En voici certains :

Pour 2024 je ne vais garder que 3 variétés des 6 présentées ci dessus : la forme “anémone” en haut à droite, parme; la variété blanche simple, en bas à gauche et la forme “décorative” saumon, en bas au centre. Les autres n’ayant pas montré assez de vigueur en fin de saison.

Elles seront de nouveau déterrées et stockées l’hiver prochain et replantées en 2025 pour confirmer leur potentiel.


Créer de nouvelles variétés de dahlias ne signifie pas forcément que les plants seront “valables” commercialement. Chaque hybrideur a des critères qui lui sont propres et seul le marché peut évaluer le succès d’une variété.

Par exemple, “café au lait” très prisé des designers ne serait pas une variété acceptée lors des concours officiels.

Les critères que chacun s’impose peuvent varier, cependant on retrouvera très souvent les suivants :

  • qualité de la tenue de la fleur (port de tête, longueur de tige, fermeté …)

  • stabilité dans le temps, saison après saison (fleurs identiques d’une année sur l’autre)

  • résistance aux maladies

  • floribondité du plant (beaucoup de fleurs)

  • capacité du tubercule à se conserver pendant l’hiver

  • et pour les pieds destinés à la fleur coupée : tenue en vase


Voici les deux des principaux ouvrages qui m’ont permis de réaliser notre matinée d’atelier à la ferme:

Ils sont en anglais, et celui de Floret est très richement illustré; il y a un catalogue à la fin de toutes les variétés qu’elle cultive (qui est d’ailleurs assez frustrant, parce que la plupart ne sont malheureusement pas disponibles en Europe!)

“Discovering dahlias” Erin Benzakein, aux éditions Chronicle Books.

“Dahlias breeding” Kristine Albrecht, auto édité, disponible sur Amazon.

Update fin 2024

Le dernier ouvrage de Kristine Albrecht vient de rejoindre ma bibliothèque et il contient une foule d’informations complémentaires assez intéressantes, qui viendront enrichir mes prochaines mises à jour de ce post.

Ouvrage auto-édité disponible sur Amazon.


En 2025 je vais cultiver la variété “grenadine” qui n’a toujours pas de nom réel pour sa 4e année mais dont je continue d’aimer l’orange brulé quasi rouge, je vais reconduire les 3 variétés ci-dessous qui ont donné de bons résultats en 2024.

La variété saumon de forme décorative à gauche est conservée pour sa teinte et sa régularité.

La variété anémone lavande, au centre est conservée pour sa tenue en vase vraiment remarquable, entre une semaine et dix jours.

Et la dernière, blanche, est conservée malgré sa forme irrégulière pour sa vigueur : pieds de plus d’1m80, floribondité assez incroyable et un coeur ouvert, ce que les pollinisateurs adorent.

“Grenadine”, issu de semis en 2022.

Parents : “Jomanda” et un autre pied, inconnu.

Pollinisation naturelle, obtenue avec les insectes.


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Miscellanées de saison - n°3