Miscellanées de saison - n°3
(avec un soupçon d'hiver)
17/01/2025
J'ai toujours eu une passion pour les magazines (à ex aequo avec les livres) et dans le domaine de l'horticulture les anglais ont la palme. Leurs magazines sont bien illustrés, les contenus riches et on y découvre toujours de nouvelles variétés tentantes.
Je suis donc abonnée à certaines parutions et j'adore aller à la bibliothèque de la SNHF (Société Nationale d'horticulture de France) à Paris parce qu'ils ont une sacrée collection de revues du monde entier. On en reparlera un peu plus loin dans cette newsletter.
Je recevais donc un de mes magazines début Octobre et j'y lisais une rubrique d'une maraichère anglaise qui gère une entreprise de vente de graines depuis 20 ans et qui confiait avoir connu la pire année de culture depuis ses débuts.
Au delà de ce constat assez généralisé sur l'ensemble du globe cette année, la journaliste lui demandait ce qu'elle envisageait de faire les années prochaines afin de pallier aux désordres liés à la météo.
Elle répondait que sa stratégie c'était de continuer à faire autant de diversité que possible, afin d'avoir toujours quelques cultures qui parviendraient à s'en sortir, et de semer / planter d'avantage encore.
C'est globalement ce que j'ai fait cette année, sans vraiment le réaliser sur le moment : au printemps, alors que les limaces faisaient des ravages quotidiens dans les dahlias, je me suis mise à semer bien plus que d'ordinaire à la même période; je compensais inconsciemment. (Le semis a un pouvoir formidable de confiance en l'avenir et d'espoir de récoltes incroyables, encore plus quand il s'agit de nouvelles variétés!)
Quand les chenilles ont commencé elles aussi à faire leur oeuvre dans mes rangs plantés en Septembre, je remplaçais au fur et à mesure les pieds par des plantules en attente dans la pépinière.
Et puis j'ai lu cet article et je me suis dit que cette saison était tout simplement difficile. Que ce soit pour des raisons climatiques, ou à cause d'une pression de ravageurs / maladies, il allait falloir à l'avenir avoir des plans B, C et D.
Et de convenir que mon champ, maintenant composé à part égales de vivaces, arbustes et d'annuelles était probablement une des réponses.
quelques zinnias en mélange, une culture qui m’a complètement échappé cette année, avec une météo beaucoup trop humide.
D'ailleurs sur ce sujet des maladies, s'il y en a bien eu une qui revenait cette année dans les messages que j'ai reçus, c'est celles concernant les dahlias.
En effet plusieurs producteurs ont découvert dans leur stock de tubercules, au moment de la plantation ou du déterrage, des anomalies qui les ont alertés.
Alors que le dahlia (re)gagne en popularité, sa commercialisation croît d'autant pour rencontrer la demande. Les tubercules s'échangent parfois à l'international et le commerce en Europe, via des exploitations à grande échelle, essaie de satisfaire tous les besoins. Et cela s'accompagne de l'arrivée de maladies qui peuvent parfois être transmises de plants à plants pendant la saison, pendant la cueillette, ou à l'hiver lors du déterrage et de la division.
L'une d'entre elles s'appelle la gale et peut être de deux types : la gale foliaire et la gale du collet.
Je sais que tous mes lecteurs ne sont pas nécessairement floriculteurs mais je sais aussi qu'une grande partie d'entre vous ont des dahlias dans leur jardin, ou en sont amateurs, aussi je vous partage quelques remarques.
Cette gale peut être provoquée par deux causes : la première est une bactérie, Rhodococcus fascians. Cette bactérie* génère un désordre dans l'adn de la plante provoquant une multiplication importante de pousses à la base du pied.
La seconde est un virus, Agrobacterium tumefaciens, et provoque, comme on peut le deviner au nom, une tumeur. Elle se localise au niveau du collet de la plante par une excroissance ronde.
La première est plus souvent rencontrée que la seconde mais les deux mènent aux mêmes conséquences : il faut se débarrasser du pied (en évitant le tas de compost), bien désinfecter tous les outils qui ont été en contact avec le pied malade et dernier point qui n'est pas des moindres, ne pas replanter de dahlias là où la maladie a été rencontrée sur les 4 voire 5 prochaines saisons. Le sol étant porteur à son tour.
Et pendant la saison, si vous en faites des bouquets il est important de nettoyer vos outils de coupe. De même qu’à la division, j’ai maintenant deux sécateurs et j’alterne entre chaque pied, laissant reposer celui qui n’est pas utilisé dans un pot de javel diluée.
exemple d'une gale de feuillage, "leafy gall"
(image extraite du livre de K. Albrecht "dahlias, seed to bloom")
exemple d'une gale de collet, "crown gall"
(image extraite du livre de K. Albrecht "dahlias, seed to bloom")
*On peut noter que cette bactérie aime volontiers l'humidité et que les années où il pleut beaucoup la prolifération est accélérée. Donc l'année 2024 a été malheureusement une année faste pour cette maladie.
Mais comme il a pu être entendu parfois, ce n'est pas la pluie qui provoque cette bactérie, elle en est juste le véhicule et la fait circuler plus facilement.
Un parc au coeur de Tokyo
La fin de l'automne a aussi été le moment de grandes vacances pour la ferme (tout du moins pour moi, le champ nécessitant des soins et de l'attention chaque jour, même en mon absence) et j'ai eu la chance d'aller au Japon.
Cette année le climat a été un peu décalé pour l'ensemble du globe et fin Novembre les arbres étaient seulement en train de changer de couleur : le spectacle était sublime.
Le 1er jour de notre arrivée j'ai pu aller visiter le marché aux fleurs de Tokyo (OTA) et avoir un aperçu plus précis du commerce de la fleur au Japon.
Contrairement en Europe où nous sommes à portée de la Hollande, et par extension du monde entier, le Japon a une approche plutôt protectionniste des variétés qui y sont créées et cultivées. Environ 70-75% de ce qu'on peut acheter à OTA est produit sur le sol Japonais, quand en France on se situe plutôt autour de 15-20%.
Les fermes florales sont plus grandes et bien plus nombreuses qu'ici et c'est un marché qui reste très compétitif au niveau international puisqu'on peut retrouver des fleurs japonaises en France.
En revanche, j'ai pu échanger avec une floricultrice dont la ferme était d'une échelle approchante de celle des Batisses, et elle me faisait part de la difficulté qu'elle rencontrait pour se sourcer en semences. Les grandes entreprises gardant jalousement leurs variétés, même au sein du pays, la solution pour elle était de commander directement aux Etats-Unis.
Le marché d'OTA et des renoncules aperçues lors de ma visite. Variété "Charlotte Orange" que je n'ai jamais vue sur le marché européen jusqu'à présent.
Cette quasi absence d'offre de graines de fleurs vaut également pour les particuliers. La visite de quelques jardineries dans différentes villes du pays, aussi excentrées soient-elles, m'a montré que c'était assez inhabituel pour eux de chercher à fleurir chez soi à partir de semences. L'essentiel de l'offre étant proposée en petits pots.
Pensées. Offre Japonaise à gauche et semis spontanés dans les tunnels à la ferme des Batisses, à droite. On voit bien la différence entre les deux : une variété très "travaillée" (hybridée) à gauche et une autre bien plus simple, à droite
Cette incursion brève dans le monde la fleur au Japon était vraiment intéressante, parce qu'elle illustre comment les pratiques peuvent être différentes de ce que l'on connait ici. Et m'a fait réaliser que même si l'Europe a été coupée de la richesse des semences de l'Angleterre depuis le Brexit, nous avons tout de même la possibilité d'avoir une offre qui sort un peu des sentiers battus.
C'est un sujet que j'abordais déjà dans ma newsletter du printemps mais cela souligne encore une fois combien il est important de garder vivante l'activité d'hybridation de nouvelles variétés, ainsi que leur diffusion.
A ma toute petite échelle j'ai commencé l'hybridation des dahlias depuis trois saisons et j'ai entamé cet automne celle des iris. J'aimerais creuser un peu plus celles des chrysanthèmes, tout bientôt j'espère.
Cette semaine j'ai d'ailleurs eu la chance de voir germer trois des huit graines d'iris mises en godet fin Octobre. J'ai vraiment hâte de voir les fleurs parce que les pieds de départ étaient dans des teintes chaudes de moka/violacé, mais il faudra probablement que j'attende encore deux ou trois avant de les découvrir.
J'ai aussi également hâte de voir comment le rhizome va se former à partir des petites racines de départ. Pour ça, je devrais avoir la réponse dès l'été prochain. Je vous le partagerai.
Jeunes pousses d'iris issues de semis. Plus de deux mois ont été nécessaires à la germination.
Trouver des informations sur comment faire pousser, entretenir certaines fleurs est parfois délicat. Internet reste une source d'information assez grande, et les sites anglo saxons sont souvent bien détaillés pour ceux qui lisent l'anglais.
J'ai aussi une bibliothèque de livres assez large, mais je me suis récemment souvenue de l'existance d'Hortalia.
Il s'agit de la bibliothèque numérique de la SNHF, qui présente des catalogues de pépiniérites et des revues horticoles sur une période allant du XVIème au XXème siècle. J'ai tendance à regarder davantage les revues, dont celles du "Bon Jardinier", les plus anciennes, "L'horticulteur français" et "La revue horticole".
On y trouve des conseils de culture, des présentations de plantes rares, mais aussi de belles planches illustrées. Evidemment ca n'est pas le plus efficace quand on cherche (rapidement) quelque chose de précis, mais c'est assez agréable de s'y plonger en hiver.
Planche illustrée issue de la revue Le Bon Jardinier, 1868.
Et pour tous ceux qui sont intéressés par les sujets horticoles, la SNHF propose aussi des webinaires gratuits sur des thèmes variés. Les prochains sur lesquels je me suis inscrite parleront de la rose en tant que fleur coupée et des plantes grimpantes. D'autres sujets sont proposés à différents moments de l'année.
Dans la continuité de ces références numériques, je vous propose quelques lectures supplémentaires, version papier.
"Des légumes en hiver" d'Eliot Coleman, aux editions Actes Sud.
J'ai redécouvert cet ouvrage que j'avais acheté en 2021 et que j'avais mis de coté depuis, la faute à nos hivers doux peut-être... jusqu'à cette année!
Eliot Coleman est l'un des pionniers du maraichage bio-intensif sur petite surface aux Etats Unis. Dans ce livre sont abordés les différentes façons de cultiver sous abri en hiver et les erreurs à ne pas commettre. C'est expliqué simplement et il y a beaucoup d'illustrations. Je me suis replongée dedans cette année parce que 2024 ayant été très pluvieuse, l'humidité s'est durablement installée sous mes tunnels froids et les maladies fongiques liées à ces conditions se sont multipliées.
Et la période hivernale peut parfois être critique, même sous abri.
Même si je ne cultive pas de légumes, les ponts avec la floriculture se font assez facilement.
(Un jour la bibliographie florale française se développera!)
"En fleur(s)" aux éditions Pyramyd.
Je ne suis habituellement pas sensible aux ouvrages d'art qui compilent plein d'oeuvres, qu'elles soient liées à un thème ou non, mais ce petit livre aux éditions Pyramyd m'a plu pour la sélection des oeuvres florales présentées.
J'y ai redécouvert l'incroyable touche de l'impressionniste américain John Singer Sargent, Cédric Morris qui était plus connu pour ses créations d'iris (on les trouve aujourd'hui sous l'appellation d'iris de Benton) que pour sa peinture, Mary Delany artiste anglaise dont le minutieux travail de collage a commencé à ses 72 ans...
Les courts textes qui accompagnent les illustrations donnent suffisamment de contexte pour aller plus loin si le oeuvres présentées nous touchent, et beaucoup ont fait écho chez moi.
Vous me direz si certaines vous ont plu!
Cette newsletter-fleuve touche bientôt à sa fin, mais avant de vous quitter il me reste deux annonces à vous partager.
Les 7, 8 et 9 Mai prochain, Marie d'Atelier Aimer et moi organisons notre workshop annuel aux Batisses. Cet atelier de trois jours est destiné à tous ceux qui souhaitent aborder la fleur sous deux angles complémentaires : la culture et le travail de composition. Je partagerai le champ, les fleurs de printemps et Marie ses techniques florales. La matinée thématique pour la partie floriculture sera dédiée aux semences : comment les sourcer, les stocker, les semer et s'assurer de leur bonne germination.
Vous l'avez compris au fil de mes écrits, les graines sont importantes pour moi, c'est probablement l'une des phases les plus excitantes et mystérieuses de ce métier.
crédits photos 1,2 & 3 : Dorothée Buteau / 4 &5 : Ulrike Pien.
Vous trouverez toutes les informations complémentaires ici .
Et la seconde information c'est que je vais mettre en ligne les newsletters déjà parues pour que vous puissiez les retrouver plus facilement.
Chaque hiver, je posterai en même temps toutes celles parues pendant l’année, soit trois ou quatre lettres selon le temps que j’aurais pris pour les composer. Les abonnés les recevront toujours au fur et à mesure, en avance afin de pouvoir avoir la primeur des offres ou des ventes proposées. Si vous souhaitez vous inscrire, vous pouvez le faire ici.
On se retrouve à la fin de l’hiver, en Mars prochain, et dans l’intervalle n’hésitez pas à me partager vos remarques, conseils, idées!
A bientôt,