Miscellanées de saison - n°1

18/01/2024

Pour commencer l'année, je m'apprêtais à vous envoyer une newsletter tournée vers 2024, je l'avais quasiment terminée, et puis je suis sortie fermer mes tunnels nantais pour la nuit. Et j'ai repensé au contenu que j'allais faire partir.
Outre le fait que je voulais vous souhaiter à tous une excellente année à venir, des projets, de l'envie, du bonheur et de la santé, j'ai réalisé que se détourner de 2023 sans faire l'effort d'en reprendre les grandes lignes était un peu expéditif.


L'an dernier, si vous étiez déjà inscrits, vous n'avez reçu en tout et pour tout deux newsletters; j'ai tenu ma promesse, je ne vous ai pas beaucoup spammés!
Le scénario habituel, passé le mois de Février, s'est à nouveau reproduit : celui qui me fait basculer dans un tunnel de neuf mois denses à produire, cueillir, vendre, planter, emballer, expédier et m'émerveiller quand je reprends mon souffle. Celui aussi qui fait que tout ce qui est "hors champ" devient littéralement hors-champ et me fait oublier de prendre de la hauteur, pour apprécier ce qui a été fait.

Aussi, dans les choses que je dois mettre en place cette année, hormis le voeu que je fais de vous écrire au moins une fois par saison, il y a la nécessité de célébrer ce qui a été accompli.

Depuis 2020, je cours donc. Pas un sprint, pas un marathon, mais un marathon-sprint.
Un format fou qui me pousse à vouloir aller vite pour voir si mon entreprise est viable, pour trouver le modèle qui fonctionne, à faire que tout se mette en place rapidement, plantations incluses. Alors que la matière première avec laquelle je travaille est la quintessence même du temps long! Du temps sur lequel je n'aurai jamais prise : la météo et la nature en général. Et potentiellement, sur lesquels nous aurons de moins en moins de prise à l'avenir...

Ainsi donc, au lieu de passer vite aux projets de 2024, je vous propose de prendre un peu de temps pour regarder ce qui s'est passé en 2023, et de le célébrer ensemble.

Workshop aux Batisses, crédit photo Maison Yriss

Cela fait quelques jours maintenant que je transfère mes photos de la saison passée dans mes fichiers. Ces photos me permettent de savoir tout ce qui a poussé, pas poussé, germé, pas germé, ce qui s'est fait renverser par le vent, ce qui a été mangé par un animal, ce qui a fleuri de façon extraordinaire, en bref c'est un formidable outil pour dater les choses.
Et cela m'est aussi très utile pour partager tout ce que je cultive sur Instagram.
C'est d'ailleurs l'une de mes parties préférées au champ : photographier tout ce qui s'épanouit ici, vous partager les nuances, les textures, la belle lumière... si je pouvais, je ne ferais que ça!

Commençons donc par l'hiver 2023.
(Vous allez le voir tout au long de cette lettre, la vie à la ferme est rythmée par un seule chose, essentielle, la météo!)

Le début d'année a été marqué par un épisode particulièrement neigeux, fait plutôt rare pour notre région. Mon mari était fou de joie dans l'après midi quand les premiers flocons se sont amoncelés, il l'était un peu moins le soir quand on a dû commencer à s'occuper des tunnels dont la bâche n'aurait pas pu résister une nuit entière sous les centimètres qui s'accumulaient. On a passé quelques heures dans le noir à taper les parois depuis l'intérieur puis à l'extérieur, et aussitôt le haut était dégagé, le bas était à nouveau enseveli. Une autre expérience de la neige!
Cette année je ne serai pas fâchée si la ferme ne se recouvre pas d'un manteau blanc, même si clairement la sensation d'une page blanche qui s'ouvre devant soi est assez excitante en début d'année.

Je ne sais pas si ce sont les températures un peu plus fraiches qu'à l'ordinaire qui ont décalé les 1eres floraisons, mais tous les bulbes de printemps sont sortis avec un peu de retard. Le premier signe, ce sont les jonquilles sauvages qui l'ont donné : elles avaient une dizaine de jours de décalage avec les saisons précédentes.
Mes premiers envois de fleurs aux clients professionnels ont été très morcelés fin Février - mi Mars. C'est toujours un peu difficile d'attendre quelque chose sur laquelle on n'a absolument pas la main.
Durant cette période de flottement, alors que le champ n'arborait encore aucune couleur, quelques travaux imprévus de toitures et des pannes de matériel ont teinté ce début de saison d'une petite appréhension...

Et puis le printemps est arrivé.

En Mai et Juin, j'ai pu commencer à apprécier la chance d'avoir des plants de vivaces installés depuis déjà deux saisons. La différence en terme de précocité et de floraison est assez flagrante. J'ai hâte de voir ce que cela va donner cette année!
Ayant beaucoup agrandi cette partie là du champ, je compte sur eux pour me reposer un peu, afin de réduire la charge de semis, plantation et entretien que requièrent les annuelles.

Le bloc des vivaces en hiver. On notera les années qui passent et la rigueur qui s'installe dans la disposition des planches! A gauche 2020, à droite 2023.

L'été n'a pas été si caniculaire pour nous, tout du moins de prime abord. 
Je note religieusement chaque jour les températures minimales et maximales du champ et des tunnels, la pluviométrie ainsi que la force et la direction du vent. Et ce que j'en retire, après comparaison avec l'année 2022, c'est que finalement le plus difficile a été à partir de Septembre.
Etrangement, c'est comme si le champ s'était dit (et moi aussi) "ok, l'été est passé, on va pouvoir souffler". Alors qu'en fait c'est là que les choses se sont corsées; en Septembre nous n'avons quasiment pas eu de pluie et surtout les températures sont redevenues très très chaudes pour la période.
Mi Octobre dans les tunnels nous avions toujours 35 degrés. Les boutons de chrysanthèmes refusaient de s'épanouir, les petits plants semés pendant l'été n'étaient pas du tout prêts à aller en terre, ... et les choses n'allaient pas s'améliorer puisque les trois mois qui ont suivi n'ont été qu'une chape grise de nuages et de pluie sans fin.
Aussi je suis maintenant dans une situation inédite où plein de plants n'ont toujours pas été mis en terre, l'hiver arrivant. D'autres sont encore en tunnels au lieu d'être en extérieur, afin de les protéger du froid et de la pluie incessante.
Dans ces moments là je scrute tout, en me disant que je vais forcément relever LA chose qui fera que je serai contente de ce concours de circonstances, a priori déplaisant : une plante qui fleurit plus tôt que prévu, une autre qui se développe plus largement, ou encore celle qui, étant dans des conditions nouvelles, n'est finalement pas attaquée par tel ou tel insecte.
Au final, tout ce qui bouscule un peu le cours des choses amène forcément à changer le regard que l'on porte sur elles, et à s'adapter. S'il y a bien une chose que j'ai appris cette année, c'est que la meilleure façon de gagner en liberté, surtout mentalement, c'est en restant souple et agile.

Pendant un workshop, présentation de l'hybridation des fleurs, ici des dahlias.
crédit photo 
Maison Yriss

En Septembre avait également lieu un atelier que je co-organise avec avec une de mes toutes premières clientes, Marie, d'Atelier Aimer. Lors de trois jours de démonstrations diverses autour de la fleur, j'ai le plaisir de partager quelques connaissances avec les participants sur des sujets que je renouvelle à chaque session. Cette fois-ci j'abordais l'hybridation des fleurs, et celle des dahlias en particulier. Terme souvent employé pour qualifier des variétés végétales transformées par l'homme, on a souvent tendance à oublier que la nature s'en charge parfaitement elle même, depuis toujours.

Ce sont ces moments d'échange et de partage qui me font le plus prendre conscience de ce tout ce que j'ai mis en places ces quatre dernières années. Pour la saison qui vient, je souhaiterais essayer d'explorer d'avantage de formats de ce type ci, je vous en reparlerai.
 

anémones du Japon

Puis la fin de saison s'est amorcée; aux Batisses elle s'étire jusqu'à fin Novembre, avec la multitude de chrysanthèmes.Mais cette année a été un peu particulière : un ciel bas et gris (celui que je chérissais tant quelques mois auparavant!) chargé de pluie s'est étiré sur toute la France pendant plusieurs semaines, puis des mois. Des précipitations telles que les rivières alentours ont débordé et que ma colline est devenue une éponge qui ne pouvait plus ressuyer. 
J'avais tellement souhaité quelques gouttes pendant la torpeur de la saison 2022!  et voilà que j'en venais à me dire que le soleil m'était moins difficile.
J'ai planté dans la boue et sous la pluie, j'ai nettoyé des fins de cultures dans l'humidité gelée, j'ai probablement abimé une grande partie de mes tubercules de dahlias en les stockant à la va-vite, et je sais que je ne résisterai pas, courant Février, à explorer quelques zones du champ, pour voir si quelque chose subsiste sous la surface.

Ce soir je lisais l'annonce d'un grand grossiste hollandais de bulbes de tulipes qui prévenait ses clients que les commandes prochaines seraient fortement altérées au printemps prochain, à cause d'une météo beaucoup trop difficile à l'automne. 
Je me faisais alors la remarque, une fois encore, qu'une des clefs de la résilience se trouve définitivement dans la diversité. Surtout lorsqu'on travaille à une petite échelle.

Alors en attendant le mois de Mars, et de prochaines nouvelles, je vous laisse avec quelques lectures que j'ai aimé parcourir cette année :

"Un petit coin de paradis" est un livre très bien illustré qui démontre qu'on peut faire beaucoup sur une petite surface. Le jardin de cette belge, qui ne cultive pas de façon professionnelle, est très intéressant. Ce que j'apprécie c'est que les variétés montrées sont nommées et que chaque catégorie de plantes est abordée. C'est un livre pour décomplexer tous ceux qui n'ont pas l'espace d'une ferme mais qui souhaiteraient avoir un beau jardin malgré tout!

Le second "Agrofresterie et maraichage" est un ouvrage d'un maraicher qui a expérimenté cette méthode de culture (mêler arbres et arbustes sur une parcelle où sont également cultivés des légumes) et en livre quelques secrets. Cela rejoint ce que je disais un peu plus haut sur la résilience et la diversité.
Le contenu est facile à appréhender, clair et précis.

Le dernier est un ensemble d'interviews que l'auteur (un moine zen) a accordé pendant la pandémie, sur des sujets aussi variés que le changement climatique, la place de l'agriculture dans la société ou encore la permaculture. Si ce mot, devenu presque trop marketing me fait fuir en général, et si je n'adhère pas à toutes les opinions avancées par l'auteur, je l'ai trouvé très riche en terme de propositions de solutions aux enjeux auxquels nous faisons face, et très stimulant intellectuellement sur le rapport que l'on a avec l'agriculture et les agriculteurs aujourd'hui. C'est un livre teinté de spiritualité; il était parfait pour s'extraire du quotidien et prendre de la hauteur pendant cette fin de saison.

 

Voilà, c'est avec ces quelques références que s'achève cette première newsletter de 2024. Elle est un peu plus "bavarde" que les précédentes, aussi n'hésitez pas à me faire vos retours, vos suggestions, afin de pouvoir alimenter la prochaine, celle du printemps.
A très bientôt!

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