L'entrée dans la troisième saison aux Batisses

18/03/2023

Lorsque j'ai commencé à transformer le pré des Batisses en champ de fleurs fin 2020, mon père, ancien agriculteur, m'a dit qu'il me faudrait trois ans pour acquérir les connaissances de base relatives à mon lieu : la qualité de mon sol, les conditions climatiques, d'où vient le vent, où se trouvent les zones les plus faciles à cultiver, quels types de maladies et d'insectes j'allais rencontrer... la liste est longue!
Alors que j'entre dans cette fameuse troisième saison, le sentiment le plus prégnant est encore et toujours l'humilité. Ce début de saison nous le prouve encore, alors que l'hiver a été un peu plus rigoureux que les années précédentes, les fleurs ont tardé à poindre. Ce sont les jonquilles sauvages qui poussent spontanément dans les fossés aux Batisses qui m'ont, les premières, indiqué que ce printemps serait un peu différent des deux précédents. Elles avaient environ 10 jours de retard. Et ce matin encore, j'allais voir le Magnolia Sprengeri toujours en boutons bien fermés, qui l'an dernier m'offrait sa première fleur le 6 Mars.
On ne maitrise pas grand chose quand on cultive, hormis le choix des espèces, où on va les placer, les soins qu'on apportera,.. c'est ensuite la vie qui prend le relais.

première fleur du Magnolia Sprengeri

Quand bien même on pense avoir acquis quelque chose par l'expérience, appliquer des "recettes" n'est pas toujours la promesse d'une ligne droite vers le résultat attendu. La nature fait en sorte d'ajouter ses ingrédients mystères qui rendent le chemin un peu plus sinueux.
Pour moi qui ait passé 12 ans à exercer un métier dans lequel le diable était dans les détails, où tout devait être prévu au millimètre et à la minute près, c'est parfois très frustrant de ne pas savoir quelle quantité de fleurs je pourrais proposer, à quel moment, et avoir une vision claire de la saison à venir.

premières brassées d’anémones

Alors bien sur il y a des outils pour essayer de prévoir les choses au mieux, comme la planification. Cette année je l'ai encore faite en Janvier-Février, sans toutefois parvenir à un résultat qui me satisfasse. L'expérience vient doucement!
La planification, c'est cet outil qui sert aux producteurs pour cadencer les cultures sur leur parcelle : il précise quelles variétés seront implantées, à quel endroit et à quel moment de l'année. Il permet d'optimiser la surface lorsqu'elle est petite, en faisant des associations (plantes qui peuvent s'accompagner de près sans se gêner par exemple, et fleurir dans des temps différents) et en gérant les rotations : telle culture suivra telle autre.

C'est aussi très utile pour ne pas appauvrir le sol ou éviter le cercle vicieux des maladies lorsqu'on enchaine la même chose au même endroit.
Aux Batisses c'est donc un mix de dessins sur papier, de schémas, de tableaux excel, de fiches sur les différentes espèces qui permettent d'établir un plan de culture "idéal".
Ensuite,  sur cette ligne droite tracée, il y a tous les virages des aléas climatiques et de la gestion du quotidien : le semis qui ne germe pas aussi rapidement que l'on pensait, la météo plus fraiche qui ralentit la croissance ou cette soudaine vague de chaud qui fait que les successions de la même variété arrivent quasiment au même moment.
Malgré tout, prévoir une feuille de route permet de ne pas se perdre en cours d'année, tout du moins aide à se recentrer sur un document qui a été fait à tête reposée, afin de parer aux prochaines échéances.

pensées et iris reticulata

Parmi les choses planifiées cette année il y aura une nouvelle édition de l'atelier que nous co-organisons avec Marie d'Atelier Aimer.
Pendant trois jours, nous proposons de faire découvrir les fleurs de la ferme, comment elles sont cultivées puis comment les travailler. Marie compose sans mousse florale et partagera sa pratique autour du thème du mariage : bouquets de mariée, centres de table, arche fleurie ou suspension et même cette année une proposition autour du deuil.
Ces ateliers sont des moments forts pour moi parce que c'est le seul moment où je partage le champ de cette façon. Cela me permet de prendre du recul sur ce qui a été fait, d'échanger avec les participant.e.s et pendant trois jours je suis presque spectatrice de mon propre travail. C'est une grande satisfaction que de voir ce que j'ai cultivé avec tant de patience et de coeur prendre forme à l'atelier. C'est en général le moment où je me dis que ça vaut le coup de cultiver autant d'espèces différentes même si cela représente, pendant la fameuse planification et aussi en cours de saison, beaucoup de travail. 

anémone et jacinthes

Voilà, cette première newsletter de l'année marque la reprise pour moi de ce lien un peu coupé depuis l'an dernier, j'espère pouvoir continuer à l'enrichir à différents moments de la saison, afin de vous partager un peu de mon quotidien, d'une façon différente d'Instagram.
Je serai d'ailleurs ravie d'avoir vos impressions sur celles-ci et pourquoi pas, que vous me partagiez vos envies pour les thèmes des prochaines!
Je vous souhaite un bon week end et vous dis à très bientôt, pour la vente des tubercules de dahlias notamment, qui approche à grands pas!

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